Téléportation au temps de la Table de Pierre

Certains lieux sont chargés d’ésotérisme et d’histoire. À deux pas de chez nous, parfois. Si la mystérieuse Table de Pierre (ou Table des Marchands) n’est plus visible depuis des lustres, on peut toujours voir son emplacement primitif, tracé à la peinture jaune, sur l’asphalte de la route qui traverse le Bois de la Houssière. Un panneau explicatif borde d’ailleurs la voie.

La Table de Pierre sur la carte de Ferraris au coeur du « Bois del Houssiere »

Mention de la table de pierre est faite sur la carte de Ferraris ou carte des Pays-Bas autrichiens, établie, entre 1770 et 1778, par le Comte Joseph de Ferraris, sur ordre du gouverneur Charles de Lorraine. Réalisée et dessinée à la main, c’est la première cartographie à grande échelle en Europe. Si la table de pierre n’est plus dressée, c’est parce qu’elle a été démantelée… afin de permettre le passage des calèches.

Le territoire brainois est habité à la préhistoire. Preuve en est qu’on a exhumé en nombre des silex taillés, des grattoirs et divers outils. Des tombes (tumuli) ont même été inventoriées dans le Bois de la Houssière. Certaines ont été dévorées par les sablières dont le site regorge. À l’emplacement de la Chapelle Notre Dame des Sept Douleurs, il y avait un atelier de pierres de taille au néolithique (entre 10.000 et 5.000 ans avant Jésus-Christ). Il y avait donc bien une activité humaine dans la région.

Un lieu pas comme les autres

Et qui dit « humain » dit besoin de se situer sur la Terre, dans l’univers. Car cette Table de Pierre – qui devait être une pierre plate massive, un mégalithe – était, en réalité, « un carrefour de balises spatio-temporelles » dont l’origine remonterait à l’âge du bronze, il y a 4000 ans. Dits comme ça, les termes renvoient à la science-fiction et on croirait presque pouvoir être téléporté à cet endroit précis…

L’emplacement de la Table de Pierre

En réalité, le site était un repère central, un lieu où des voies se concentraient. Pour Robert Bermils, vice-président de l’office du tourisme brainois et féru d’histoire locale, les chemins ne sont pas orientés au hasard et le site servait à la fois des desseins géographiques, astronomiques et philosophiques. Au cœur de plusieurs alignements, la Table des Marchands se situe sur un axe Nord-Sud qui aboutit à la Chapelle Notre-Dame de Grâce de Henripont, et sur une ligne Ouest-Est qui conduit à la Chapelle du Bon Dieu de Pitié à Ronquières. Si l’on part vers le Nord, on arrive à Asse (Brabant flamand) où s’achève la chaussée romaine, en passant notamment par l’église de Tubize. La présence d’édifices religieux n’est sans doute pas fortuite. Les églises ont souvent été bâties à l’emplacement d’anciens lieux sacrés.

Toujours selon les explications de Robert Bermils, la rue du Péril où se trouvait la Table de Pierre, ne fait pas référence au terme « danger » mais serait une déformation du mot « pierre ». La rue du Péril se divise en Charly des Bois et Charly des Prés. Charly vient précisément de carly en patois, issu du celte qui signifie… pierre ! Plus loin, se trouve la rue du Pire en référence au ruisseau du même nom et encore une fois, « pire » est dérivé de « pierre ».

Les explications sur place !

Les bons contes font les bonnes promenades

Le numéro 12, le Pendu, du jeu de Jean Dodal (début XVIIIe siècle)

La Table de Pierre était donc un point de convergence aux usages pluriels, comme les mégalithes avaient des fonctions multiples : culturelle, géographique, sociale, astronomique, etc. Aussi appelée Table de Pierre du Pendu, l’emplacement est également associé, vers le Nord, à la partie septentrionale du sentier du Pendu. Raison pour laquelle le panneau explicatif est frappé de la singulière représentation d’un homme pendu par le pied. Une fois de plus, il faut y voir une interprétation mythologique. Fils de Gaïa (= la Terre) et Poséidon, Antée (alias le pendu) était un géant qui forçait les étrangers de passage sur son territoire à combattre avec lui. Chaque fois que ses pieds touchaient le sol, Antée récupérait des forces. Héraclès ne manqua pas de remarquer ce détail et le souleva de terre pour lui briser les côtes. À noter que dans le tarot, la symbolique de la carte du pendu fait référence au malheur mais aussi à un choix. Le pendu, c’est le renversement de situation, un changement de direction.

Le lieu a inspiré Robert Bermils qui a écrit un conte autour de la Table des Marchands, l’histoire de Baudouin V qui est accueilli à Braine-le-Comte par Pajules qui l’accompagne notamment au Bois de la Houssière. Là, il lui explique les équinoxes, les méridiens, les solstices… L’imaginaire se mêle à l’histoire avec délice. La brochure est disponible à l’office du tourisme de Braine-le-Comte.

En 1933, crise rime avec bise à Ecaussinnes

Si les années 1930 qui voient l’intensification de la crise économique et la montée des extrémistes, ne sont pas glorieuses, l’amour fait toujours recette à Ecaussinnes, en 1933. Cette année-là, Emilie Delfosse préside le goûter, comme en 1932. On en parle abondamment dans les journaux néerlandais (composition ci-dessus), belges et français. L’un des pionniers du cinéma belge, Charles Dekeukeleire y consacre même un reportage pour la Société Gaumont et Germaine Dulac. Les responsables de France-Actualités lui ont, en effet, confié le poste de correspondant entre 1932 et 1933. Des images du goûter matrimonial écaussinnois ont donc été diffusées dans les salles de cinéma françaises, juste avant la présentation des films.

« Pas une n’a divorcé »

Dans l’« Algemeen Handelsblad«  du 8 juin 1933, une illustration est légendée : « Les jeunes filles d’Ecaussines savent bien que l’amour passe (souvent !) par le ventre, puisqu’elles invitent les célibataires à une foire matrimoniale à la Pentecôte, ce à quoi beaucoup de cœurs ne peuvent résister. » Charles Boussut écrit ceci dans « Le Journal » du 6 juin 1933 : « (…) il est infiniment dangereux pour les célibataires endurcis de venir en sceptiques au goûter matrimonial des Ecaussines. Malgré leur hardiesse apparente, les jeunes filles de ce pays ont la réputation d’être sages ; on nous assure qu’elles font de bonnes épouses et deviennent de bonnes mères de famille. Depuis l’après-guerre, pas une n’a divorcé. N’est-ce pas pour les futurs maris le gage le plus précieux d’une félicité parfaite ? » Le Petit Grégoire signe un édito fleuri dans « L’Ouest-Eclair » du 11 juin 1933. « La foire aux fiancées ! Tout de même, les Belges auraient dû trouver un autre nom à ce… Salon d’été des Célibataires. »

On partage le café fumant (Le Petit Journal)

Joé Bourneuf est l’envoyé spécial du « Petit Journal illustré » qui consacre, le 18 juin 1933, une page entière à la « foire aux fiancés » d’Ecaussinnes. Il s’enquiert auprès d’un Ecaussinnois qui le prend pour un candidat au mariage : « Vous savez, jeune homme (…), il faut vous hâter, j’ai déjà vu défiler plus de cinq cents prétendants depuis hier au soir ! Allons, bonne chance ! » Le journaliste français est bien décidé à jouer le jeu et à séduire les Ecaussinnettes.

« Vous feriez certainement un bon mari »

La présidente Emilie Delfosse lit son discours (Le Petit Journal)

La présidente Emilie Delfosse a l’air de plaire à l’envoyé spécial qui a atteint la maison communale d’Ecaussinnes-Lalaing. « Elle [NDLR : la présidente] m’accueillit fort bien et délogea gentiment une de ses demoiselles d’honneur pour m’offrir une chaise en attendant que son secrétaire me conduisit auprès du bourgmestre [NDLR : Georges Soupart]. J’avais tout le temps qu’il me fallait et je m’aperçus que la présidente était brune et jolie. » L’atmosphère est bon enfant et les célibataires usent d’humour pour charmer les demoiselles. Si en sa « qualité de célibataire étranger », Joé Bourneuf « bénéficie des lois de l’hospitalité », les regards sont plutôt hostiles à l’égard du Français. « Vous feriez certainement un bon mari, me dit une brunette au yeux bleus comme le ciel de la Wallonie, en me voyant attacher ma tasse au revers de mon veston, ainsi qu’il est recommandé. » Il paraît que plus de 1700 tasses ont déjà été distribuées depuis l’ouverture.

La mastelle à la main (image extraite du court-métrage de Charles Dekeukeleire)

Le touriste se laisse gagner par la poésie du lieu. « Sur les bords de la Seinette [SIC], une rivière babillarde, comme on dit dans le pays, fleurissaient les amourettes – ça se dit encore dans le pays. Les promenades sont toutes sentimentales à Ecaussines, et gare à ceux qui s’y laissent prendre ! » Précédé de tirs aux campes, le cortège entraîné par le char de la présidente et de ses demoiselles d’honneur, défile dans un tintamarre joyeux. « Mlle Emilie Delfosse, toujours souriante et rose, malgré que son ondulation fût un peu défaite, était très digne. » Au terme du discours et de l’appel à l’amour, « les jeunes invités plus radieux que jamais se dirigeaient vers l’enclos de feuillage où se tenait le goûter monstre réunissant plus d’un millier de convives. (…) Une fille accorte distribuait des mastelles, la brioche du pays et des carabibis, un petit gâteau aux amandes dont je me souviendrai longtemps. »

« ça, je ne chômerai jamais ! »

(Georges Soupart, bourgmestre d’Ecaussinnes-Lalaing)
Dans les rues (cliché extrait du court-métrage de Charles Dekeukeleire)

À l’époque, c’est de la chicorée qu’on sert. « Les tasses furent (…) remplies par la pâtissier de l’endroit qui, chargé d’une cafetière énorme, versait à boire la chicorée porte-bonheur. Le hasard avait placé près de moi une ravissante demoiselle en robe rose qui portait un ruban de velours dans les cheveux. Mais je la mis en garde aussitôt : Vous savez, Mademoiselle, je prends le train ce soir… Oh alors, fit-elle visiblement déçue, et elle changea de place en s’excusant gentiment : vous comprenez, c’est seulement aujourd’hui que je peux trouver un fiancé. » Aïe ! C’est ce qui s’appelle « prendre un râteau »…

Georges Soupart, bourgmestre d’Ecaussinnes-Lalaing contemple tout ce beau monde, d’un oeil bienveillant et… ragaillardi. A l’écart, des couples plus âgés laissent échapper des clameurs tumultueuses. « Pensez, me dit le bourgmestre, ils sont contents de se retrouver, car ils se sont fiancés ici même en 1903. Considérant tous les danseurs de « cramignon« , il se frotta les mains : Voilà, quelques mariages en perspective, ça je ne chômerai jamais ! » Sur le coup de 23 heures sonnées au beffroi du château fort, le galop final des célibataires récalcitrants est lancé. Le maïeur relance gentiment le journaliste français : « Alors, vraiment, vous ne voulez pas vous fixer à Ecaussines ? Les Ecaussinettes font de bonnes épouses, vous savez ! Vous reviendrez, n’est-ce pas ? » Il paraît que Joé Bourneuf n’a pas décliné l’invitation.

L’accent chantant d’Emilie

Elle a l’accent grasseyant, notre Emilie et roule ses « r ». « Le Journal » du 6 juin 1933 publie son discours. « Je suis l’interprète de mes compagnons pour vous exprimer à vous, les beaux messieurs, nos sentiments de profonde estime : merci d’avoir rehaussé de votre présence l’éclat prestigieux de cette cérémonie.

Nous sommes les poétesses ardentes d’un idéal sublime, d’un idéal devant lequel le monde subjugué s’incline docilement, d’un idéal qui nous délecte d’harmonies troublantes, de visions langoureuses et divines, d’un idéal enfin qui est le seul immortel : j’ai nommé l’Amour. Le poète qui a dit que la vie n’était qu’une vallée de larmes

ne connaissait rien à la vie. Car qu’y a-t-il de plus paradisiaque que l’Amour ? Le coeur de l’homme a soif d’affection. La vie du coeur est douce et chaude. Rien n’est bon, rien n’est fort que l’Amour et c’est pourquoi nous n’hésitons pas, en vous appelant ici, à marcher à la conquête de l’hyménée. »

Emilie Delfosse, présidente 1933 (cliché extrait du court-métrage de Charles Dekeukeleire)

Les murs du château fort se souviennent….

Image extraite du

« Voyage pittoresque

dans le Royaume des

Pays-Bas » (1825)

Les « Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique » d’Aimé Leroy (1850) nous livrent, en une quinzaine de pages, l’histoire du château fort d’Ecaussinnes-Lalaing. L’ouvrage mentionne une poignée d’illustres visiteurs dont les antiques murs ont préservé le souvenir.

Gouverneur général des Pays-Bas autrichiens dès 1741, le Prince Charles de Lorraine s’adonne parfois à la chasse dans la forêt de Soignies. À cette occasion, il loge au château fort écaussinnois. Ce fut l’un des gouverneurs généraux les plus populaires car c’est à lui que les Bruxellois doivent l’embellissement de leur ville (place Anneessens, rue Royale, parc royal, etc.). Afin de l’honorer, une statue est même érigée, en 1775, sur la place de Lorraine devenue la place royale. Il est aussi à la base de la création de l’Académie de Bruxelles, encourage l’essor économique et favorise le progrès des Lumières. C’est le dernier prince de la maison de Lorraine.

Guillaume II, Roi des Pays-Bas aimait beaucoup les Ecaussinnois

Guillaume II, Roi des Pays-Bas a, lui aussi, visité le château fort. Il paraît qu’il appréciait beaucoup les Ecaussinnois. Prince au début XIXe siècle, il séjourne fréquemment dans les provinces belges et un palais néoclassique (palais des Académies) lui est construit en lisière du parc de Bruxelles, où il s’installe en 1828. Deux ans plus tard, la Révolution belge se déclare et le prince d’Orange se voit contraint de quitter le pays à la hâte. Dès le départ, une monarchie constitutionnelle apparaît comme seul régime politique possible pour la Belgique. Le prince Guillaume est, en effet, susceptible de réunir l’assentiment des puissances étrangères, Pays-Bas y compris. Pour ces raisons, il est, dans un premier temps, pressenti pour porter la couronne de Belgique. Une partie de la presse et des dirigeants de la Révolution partagent cet avis. On sait que le choix se portera finalement sur le prince Léopold de Saxe Cobourg qui sera nommé Roi des Belges, en 1831. Il paraît que Guillaume II admirait beaucoup la grande salle du château.

« ce château aura toujours quelque chose de vénérable »

Fils et frère de rois de Grande-Bretagne, père de la reine Victoria, le duc Edouard-Auguste de Kent eut également l’intention de visiter le célèbre château fort. Autre visiteur de marque : le général espagnol Miguel Ricardo de Álava (illustration) qui était ami du prince d’Orange. C’était un militaire, un diplomate et un homme d’État espagnol.

Beaucoup d’autres prestigieux visiteurs sont passés par le château fort. Et parfois, en raison de guerres et d’occupations. Comme le note cette brochure imprimée par Havaux à Nivelles, en 1947, le château est assiégé par les Espagnols au XVIe siècle, occupé par les troupes de Louis XIV commandées par le Maréchal d’Humières (Louis de Crevant), et a aussi servi de quartier général au Général français Castey durant les guerres de Napoléon. « En février 1943, Jef Van de Meulebroeck, Bourgmestre de Bruxelles, qui, après trois mois de captivité à la prison de Saint-Gilles, avait été placé par l’ennemi en résidence forcée dans une propriété aux environs de Termonde, accepta avec l’autorisation des autorités allemandes, l’hospitalité que lui offrit le Comte van der Burch. Il résida au château jusqu’au moment de la libération de Bruxelles. » On sait aussi que les Officiers de l’Armée secrète y tenaient leurs réunions et que des réfractaires au travail forcé ainsi que des prisonniers traqués par les Allemands, y ont trouvé refuge.

En 1850, date de la publication des « Archives historiques et littéraires du Nord de la France et du Midi de la Belgique », le château fort a perdu de sa superbe et commence à se délabrer sérieusement. Arthur Dinaux qui rédige le chapitre sur le château d’Ecaussinnes-Lalaing, a d’ailleurs des mots peu élogieux pour l’ancestrale demeure : « Pour le voyageur indifférent, pour l’homme sceptique ou positif, le château des Ecaussines-Lalaing sera peut-être considéré comme un amas de pierres sans splendeur, comme une demeure peu brillante et irrégulière, montrant sur certains points sa vétusté et parfois quelque chose qui approche du délabrement ; mais pour les explorateurs des faits anciens, (…) ce gothique château (…) aura toujours quelque chose de vénérable (…). »

Un temple antoiniste à Ecaussinnes depuis 1914

Le fondateur Louis Antoine

À l’instar de la plupart des villes et villages belges, on trouve encore un temple antoiniste à Ecaussinnes. Inauguré le 19 avril 1914, l’édifice se dresse, rehaussé de châssis et d’une porte vert émeraude (symbole de réincarnation), au hameau de Belle-Tête. C’est pourtant l’année de 1913 qui est gravée au fronton. Dans « Le Matin » du 18 avril 1914, on n’a pas manqué de souligner la singularité de ce culte : « Signalons le grand succès de curiosité obtenu par les dames et les messieurs affublés du costume de la secte qui distribuaient une circulaire invitant à la cérémonie d’Inauguration. »

Le seul mouvement religieux né en Belgique

Aujourd’hui, ce culte est sur le déclin et les temples antoinistes disparaissent au profit d’autres spiritualités, comme à La Louvière. Il fut cependant un temps où ce culte, à son apogée, comptait 64 temples et une quarantaine de salles de lecture ainsi que des milliers d’adeptes. Cette dévotion demeure, à ce jour, le seul mouvement religieux né en Belgique et sa popularité dépasse les frontières du plat pays, puisque l’antoinisme va s’implanter aux quatre coins de France. Difficile de connaître exactement le nombre d’adeptes du Père (alias Louis Antoine) traditionnellement représenté avec sa longue barbe presque pelucheuse et sa crinière abondante et floconneuse. Son regard se veut mesmérisant et sa main droite est tendue vers l’objectif, comme s’il voulait transmettre son fluide guérisseur au travers du cliché.

L’antoinisme a été créé par Louis Antoine au seuil du XXe siècle. L’homme naît, en 1846, dans une famille catholique pauvre, en province liégeoise. S’il exprime, dès son plus jeune âge, une grande ferveur religieuse et s’intéresse au spiritisme, il s’interroge sur le sens de son existence. Un événement va transformer son destin. Chétif et timide, son fils fait une chute sur le verglas et s’éteint quelques mois plus tard. Dès lors, Louis Antoine s’éloigne du catholicisme et embrasse le spiritisme. En 1900, il devient désormais connu sous le nom de « guérisseur de Jemeppe ». Lorsqu’il fonde sa nouvelle spiritualité, en 1906, il s’est détaché du spiritisme et veut obtenir la guérison par la foi seulement. Peu à peu, le culte s’organise et en 1910, il désigne sa femme en tant que successeur. Le premier temple antoiniste, celui de Jemeppe-sur-Meuse, est consacré. Ses disciples l’appellent « Le Père » mais deux ans après la création de son mouvement, il meurt ou plutôt il « se désincarne ». « L’Excelsior » du 2 juillet 1912 consacre leur une aux funérailles du Père Antoine. La secte compte 130.000 fidèles et plus de 15.000 personnes sont réunies à Jemeppe-lez-Liège pour lui rendre un dernier hommage.

La une de l’Excelsior du 2 juillet 1912

« Je n’ai pas cet argent mais si je l’avais, je ne vous le donnerais pas »

C’est deux ans après la mort de son fondateur que le temple antoiniste est inauguré dans le quartier de Belle-Tête à Ecaussinnes d’Enghien. En réalité, selon les informations du blog « Louis Antoine et l’antoinisme », l’édifice a été construit par une famille d’ouvriers qui, dès 1911, y consacre tous ses moments de liberté. Dans ce blog, on relate une curieuse anecdote : il manquait 3000 francs pour terminer les travaux et l’ouvrier s’est enquis auprès du Père Antoine, pour avoir de l’aide. Il paraît que le fondateur du culte lui répondit : « Je n’ai pas cet argent mais si je l’avais, je ne vous le donnerais pas. Allez, ne voyez pas trop grand et si vous avez la foi, vous aurez tour ce qu’il faut. » On dit que le donateur assura finalement les services religieux. J’ignore s’il s’agit d’un fait ou d’une fable mais l’on parle d’une histoire qui aurait eu lieu lors de l’achèvement des travaux, par conséquent, à une époque où Louis Antoine est vraisemblablement mort…

Toujours d’après les renseignements fournis par le blog « Louis Antoine et l’antoinisme », il ne s’agirait pas de l’emplacement original, le temple ayant été détruit en 1922. Un autre, plus vaste, a été bâti de l’autre côté de la chaussée et inauguré en 1938.

Dans « La Gazette de Charleroi » du 16 avril 1914, on note que les adeptes ont distribué des tracts, affublés du costume de la secte : « Frères, Mère Antoine ira consacrer, au nom du Père, le nouveau Temple Antoiniste d’Ecaussinnes-Carrières. La cérémonie aura lieu dimanche 19 avril à 10 heures. A cette occasion, Mère recevra les malades tous réunis dans le temple comme Elle fait à Jemeppe-sur-Meuse les quatre premiers jours de la semaine, à 10 heures. Recevez, chers Frères, toutes nos bonnes pensées. Le Conseil d’Administration. » Dans « La Gazette de Charleroi » du 19 avril 1914, on précise même que des trains spéciaux seront prévus. C’est dire que l’événement était susceptible d’attirer des foules. Le moins qu’on puisse dire, c’est que la manifestation avait attiré de nombreux badauds, si l’on en juge sur la carte postale issue à cette occasion.

Zoom sur la carte postale d’inauguration du temple

« La mère Antoine, à la tribune, prie tout bas… »

Si des trains supplémentaires ont été planifiés, c’est aussi parce que les antoinistes jemeppois allaient venir en nombre pour accompagner la Mère Antoine (alias son épouse Jeanne Catherine Collon) qui devait consacrer le temple. Comme cela est précisé dans le compte-rendu de « La Gazette de Charleroi » du 21 avril 1914. « Bon nombre de curieux, mêlés aux adeptes de la nouvelle religion, attendaient sur la chaussée l’ouverture des portes de la nouvelle église, qui peut contenir une centaine de personnes debout. »

Une fois la foule à l’intérieur du temple, un adepte annonce l’arrivée de la Mère. Le tintement d’une cloche rappelle les gens à l’ordre : « la mère Antoine, en costume noir, la tête coiffée d’un bonnet noir auquel tient un voile noir rejeté en arrière, entre les mains jointes, suivie d’un adepte, d’âge déjà, ayant les cheveux longs et la barbe longe aussi, genre patriarche. » La scène paraît surprenante et on frise la parodie : « Ces deux personnages ont la mine extatique, ils ont des allures mystiques. La mère Antoine, à la tribune, prie tout bas, elle fait quelques gestes et a des soubresauts qui la font parfois frémir. » Les spectateurs sont visiblement déçus car la cérémonie n’a duré que 3 minutes. Mère Antoine et ses accompagnateurs ont disparu. La célébration se clôture par la lecture des dix principes du Père Antoine. « Tous les curieux ont été désappointés ; ils pensaient tout au moins assister à une réunion au cours de laquelle des explications auraient été données sur le nouveau culte ; mais, pas le moindre mot là-dessus. Tout se passe dans le mystère et le mysticisme. »

Faits divers d’hier

Ils nous révulsent, nous fascinent, nous font peur, nous bouleversent et pourtant, les faits divers ont toujours aiguisé l’intérêt du plus grand nombre. Goût douteux pour le sordide ou curiosité malsaine, les faits divers nous captivent parce qu’ils racontent des histoires, parce qu’ils nous parlent de choses essentielles, comme la vie et la mort. À travers les années, on retrouve Ecaussinnes mentionné dans un tas de journaux.


Heurté par le train, écrasé sous un cheval

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Image d’illustration : accident de Wambrechies près de Lilles, en 1876 (composition de M. Vierge)

Il est 7 heures et demie et on n’y voit guère à plus de quelques mètres tant le brouillard est épais, en ce vendredi 15 juillet 1864. Le domestique d’un fermier de Marche-lez-Ecaussinnes – un certain M. Bauthier – serre la bride. Son chariot est tiré par quatre chevaux et les grincements de l’attelage,  le fracas des roues sur le chemin de terre trompent son attention. Il n’a pas entendu ni vu le convoi composé de cinq wagons vides qui se dirige vers lui à toute allure. Le train vient de la station des Ecaussines et glisse sur les voies qui le mènent à l’une des carrières principales du village, pour charger de la chaux à bord de ses wagons. Stupéfait, l’homme n’a pas le temps de réagir. Le char et le train entrent en collision. L’un des chevaux, heurté de plein fouet par le train, s’écroule sur l’infortuné. Comme si ce n’était pas suffisant,  les fourgons lui passent sur le corps… Quelques passants tentent de bien de lui porter secours mais en vain. Sa poitrine est écrasée et il exhale son dernier souffle tandis que le cheval est abattu. C’était un fait divers qu’on pouvait lire dans le Journal des Débats politiques et littéraires du 19 juillet 1864.

Un journal anticlérical louviérois condamné pour diffamation envers la paroisse Saint Rémy

Lu dans « La Croix » du 4 septembre 1908 : « Un journal anticlérical condamné pour diffamation ». Le 6 avril 1907, « Le Clairon », un journal socialiste et résolument anti-clérical publie un article sulfureux qui va faire grincer le clergé de la paroisse Saint Rémy à Ecaussinnes d’Enghien. L’affaire a fait grand bruit puisqu’on retrouve la même publication dans la « Gazette van Iseghem » du 5 septembre 1908. En 1907, le député socialiste brainois de l’arrondissement de Soignies, René Branquart devient rédacteur en chef du « Clairon ». C’est un militant qui prône la séparation. Un système selon lequel la Wallonie serait soit rattachée à la France, soit un divorce serait à négocier entre la Flandre et la Wallonie.

Le curé de la paroisse Saint Rémy ainsi que les vicaires décident de porter contre un article qu’ils jugent calomnieux. Le tribunal de Mons leur donnera finalement raison, en condamnant « Le Clairon » à payer 100 francs de dommages et intérêts à chacun des demandeurs. Mais aussi à publier le jugement dans « Le Clairon » ainsi qu’à une insertion du jugement dans un journal au choix des demandeurs, insertion dont le coût est fixé à 100 francs, et aux dépens du procès. Malheureusement, je n’ai pas pu mettre la main sur l’article incriminé du Clairon. Je serais bien curieuse de savoir ce qui a bien pu les enflammer à ce point.

Des pilleurs d’église à Saint Géry

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zCiborium_(PSF) Pearson Scott Foresman
Ciboire (Pearson Scott Foresman)

L’information ne vaut que neuf lignes dans les brèves du « Journal » du 14 janvier 1932, un quotidien parisien. Des cambrioleurs ont en effet pénétré par effraction dans l’église Saint Géry de Marche-lez-Ecaussinnes, afin d’y dérober des objets de culte. Les malfrats ont détaché le tabernacle du maître autel et ont aussi emporté deux ciboires en or. Le tabernacle a été retrouvé, fendu sur une route marchoise et a été restitué au curé. Quant aux brigands, ils se sont échappés en direction de la gare de Manage où ils ont probablement embarqué dans un train.


→ → → L’illustration de tête provient de la une de « La Semaine illustrée » du mois de janvier 1911. ← ← ←

Promenades au creux du passé d'un village qui fut coquet et coquin…