Venez, venez Saint Nicolas

Chez Nopri dans les années 60
Saint Nicolas au Nopri dans les années 60

Dans les années 60, Saint Nicolas est révéré ou redouté des enfants. Les sœurs Karine et Rebecca chantent, en 1965, « J’ai rencontré Saint Nicolas ». Elles ont un succès fou et on les entend fréquemment sur les ondes. Leur premier EP, « Moi, je dors avec nounours » (1964) met en valeur leurs petites voix grêles et métalliques. Je me souviens de cette chanson qui m’agaçait un peu mais qui trotte encore aujourd’hui dans un coin de ma tête, entêtante autant qu’attendrissante.

« J’ai rencontré Saint Nicolas
Je sais vous ne me croirez pas
Je l’ai vu dans un magasin
Et il m’a même serré la main », scandaient-elles.

Comme ces gamines bruxelloises le chantaient, c’était d’abord au magasin qu’on rencontrait le grand Saint, à la fois émus, émerveillés, effarouchés, impressionnés et toujours sages. Dans la rue Haute (actuellement rue Maurice Canon), le magasin Nopri était l’un des premiers supermarchés du village. Même si l’établissement en question avait gardé une taille réduite par comparaison avec les hypermarchés d’aujourd’hui… Ecaussinnes regorgeait d’épiceries, de diverses succursales d’enseignes de renom.

C’était chez Nopri que j’allais voir Saint Nicolas, chaque année. Il m’offrait une friandise ou un spéculoos. J’étais troublée et j’avais un grand respect pour cet homme qui semblait me connaître. Et pourtant, oui, j’étais troublée car il ne me présentait jamais le même visage, d’année en année. Je me souviens que j’observais ses chaussures parce qu’elles tranchaient avec sa tenue blanche, ornée de dorures. Parfois, il portait des lunettes, parfois pas. Parfois, des rides creusaient le contour de ses yeux, parfois sa peau était lisse.

J’ai préservé quelques photos. Tantôt craintive, tantôt souriante, je serre la main de Saint Nicolas. Le décor force aujourd’hui le sourire. On remarque des poubelles, des arrosoirs, des plantes en plastique, des tabliers serrés sur des cintres et des boîtes de conserve. Cela ne paraît pas faire rêver mais je ne voyais que le vénérable personnage à la barbe éclatante. J’ignore si la photo couleurs a été prise chez Nopri car la décoration me semble trop élaborée : papier doré froissé et trône bordeaux mais je conserve un souvenir touchant de ces instants magiques figés aux côtés de Saint Nicolas.

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La Cité de l’Amour à la rue Georges Soupart

En 1920, le château-fort est livré à l’abandon. C’est une famille italienne – les Aldobrandini – qui est propriétaire des lieux mais elle n’y vivra jamais. Soucieux de préserver ce patrimoine et surtout d’en réaliser une source de profit, une poignée d’industriels se proposent d’acquérir le bien mais aussi de le dénaturer en y construisant des habitations ouvrières. Fort heureusement, le chanoine Edmond Puissant empêchera cette hérésie et achètera le domaine.

Deux années plus tard, vingt-sept maisons sont finalement bâties le long de la rue des Stations (l’actuelle rue Georges Soupart), dans le but d’y accueillir des jeunes couples. Éternel facétieux, Marcel Tricot baptise l’emplacement « Cité de l’Amour ». L’expression a depuis lors souvent été reprise dans la presse pour désigner plus globalement le village, sans vraiment connaître l’origine de l’appellation.

C’est ce bloc de maisons que j’ai photographié, début des années 1980 : une vue de jour et l’autre de nuit… sans savoir, à ce moment-là, qu’il s’agissait de la « Cité de l’Amour » originelle.

(D’après « Ecaussinnes. Une histoire d’amour. Son goûter matrimonial » de Pierre Peltier – Edition CIHL, 1988)


Un nom, une rue

Georges Soupart a été bourgmestre d’Ecaussinnes-Lalaing entre 1921 et 1948. Si Marcel Tricot et son comparse Georges Wargnies ont été les artisans du goûter matrimonial, ils en ont aussi été les organisateurs pendant près de vingt ans. En 1921, le comité s’est doté d’une nouvelle tête, Georges Soupart « issu d’une vieille famille locale et fidèle aux traditions ancestrales », comme le précise Jules Vandereuse dans son fascicule « Les goûters matrimoniaux en Wallonie » (Éditions du journal « La Sennette » Ecaussinnes – 1954).

En 1953, le goûter célèbre son jubilaire et Marcel Tricot reçoit les félicitations émues du bourgmestre Georges Soupart. Pour la première fois, la manifestation fait l’objet de prises de vue pour la télévision. Pierre Peltier épingle que la première émission de télévision produite par l’I.N.R. a eu lieu le 31 octobre 1953. Un film réalisé par Gaston Schoukens devait normalement être diffusé lors des débuts de la télévision belge. Je n’ai malheureusement trouvé aucun indice dans la filmographie de Schoukens concernant ce long métrage. Je suppose donc que le projet a été abandonné.

Georges Soupart était à l’origine tailleur de pierre. C’est lui qui a ranimé la flamme de l’Association matrimoniale. Le 27 février 1948, la société « Les Amis du Folklore » fut finalement mise sur pied et Georges Soupart, désigné comme Président d’Honneur mais un mois plus tard – le 28 mars exactement -, il s’éteignait…

Le kiosque en place depuis 1910

Grand Place - Le kiosque années 80 [Original Resolution]
Le kiosque au début des années 80
Grand Place 534_001
Le kiosque sur carte postale (Bob)

Selon le blog « Kiosques du monde« , celui d’Ecaussinnes d’Enghien, en face de la maison communale, a été construit en granit des Vosges. Les pilastres sont en grès de Grandglise et le garde-fou est en fer forgé. L’escalier est mobile. Ce kiosque octogonal a été érigé en 1910 mais apparemment pas sans soucis. Il paraît que les politiciens de l’époque se sont empoignés à son sujet. Socialistes et catholiques ne parvenaient, en effet, pas à trouver un accord concernant les matériaux à utiliser. La pierre d’achoppement était qu’on n’avait pas privilégié la pierre bleue du cru. À l’origine, le socle contenait une pompe publique.

Mika Shoe, talon d’Achille écaussinnois (2)

Mika Shoe 2 [20%]
Mika Shoe en 2012

Déclarée en faillite au début des années 1990, la société Mika Shoe se voit apposer des scellés sur sa porte. Obstacle bien illusoire puisque les intrus et les vandales de tous poils ont vite fait de violer les lieux. Plusieurs incendies ravagent l’ancien magasin de chaussures. Les autorités publiques tentent à plusieurs reprises de s’arranger avec le propriétaire dans le but de racheter ce qui est devenu un chancre mais sans succès.

Entre 2002 et 2004, plusieurs arrêtés ministériels sont dès lors pris pour contraindre le propriétaire à effectuer les travaux d’assainissement et à y relancer une activité économique. Le propriétaire est assigné en justice par la Wallonie mais en 2007, une demande de permis d’urbanisme est déposée par le propriétaire, réduisant à néant les projets communaux. Alors que le ministère wallon de l’Aménagement du Territoire s’apprête à allonger une somme de plus de 400.000 € à la commune d’Ecaussinnes pour le réaménagement du site, le propriétaire soumet une nouvelle demande de permis en vue d’exploiter un commerce.  Par un jugement d’expropriation judiciaire du site du 16 juin 2014, la commune d’Ecaussinnes devient propriétaire du site.

Et quid ?

Au terme d’une saga fertile en rebondissements, le site a finalement été balayé fin 2016, puis assaini. En janvier 2017, un appel a été lancé à la population par le biais d’un toutes-boîtes distribué par le PS local. On y demande aux habitants de suggérer des idées d’exploitation du lieu : parc, centre commercial, école, centre culturel, bâtiment administratif… Le lieu est à présent devenu un parc canin et un espace vert. Il  ne semble toutefois pas que ce sera la dernière destination du lieu. Déjà, le conseil communal du 27 mai 2013 évoque la possibilité d’en faire un court de tennis.

Fin de l’année passée, le ministre wallon Carlo Di Antonio responsable de l’Environnement et de l’Aménagement du Territoire, est favorable à un projet visant à stimuler la biodiversité. Dans le bulletin communal de février 2018, un appel est lancé à la population pour la création d’un parc canin sur le site, en 2018 (Page 6). Le lieu est décrit comme un endroit de détente mais aussi d’activités pour les canidés et d’échanges conviviaux pour les propriétaires de chiens. On invite les éventuels bénévoles à assurer l’intendance du site.

Juste avant les élections, le bourgmestre sortant évoque la possibilité que l’espace accueille un centre culturel dans les pages de La Nouvelle Gazette. À l’occasion du débat organisé à la Maison des Jeunes Epidemik, la question est remise sur le tapis par les deux jeunes animateurs du débat en prélude aux élections, Manon Rondeau et Nathanaël Thiry. Xavier Dupont parle de la création d’un « lieu multimodal dans lequel on pourrait développer des activités culturelles », étant donné l’acoustique déplorable de l’actuel foyer culturel. La plupart des candidats optent pour cette hypothèse mais rien ne dit s’il s’agit du chapitre final de cette saga.

(À suivre)

Promenades au creux du passé d'un village qui fut coquet et coquin…