Une hache polie exhumée à Scoufflény

3143359495 (Copier)Une hache polie datant de 2250 ans avant Jésus-Christ a été découverte, en 1974, à Scoufflény, hameau d’Ecaussinnes où a fleuri la carrière du même nom. Cet outil est le plus ancien qu’on ait trouvé dans le sol écaussinnois. (Source : CIHL)


La Houssière préhistorique

Si on remonte entre 65 millions et 2 millions d’années avant Jésus-Christ, le sol du Bois de la Houssière formait le fond de l’océan. Ce n’est pas par hasard si le site regorge de sablières. Elles constituent une ancienne dune de mer. Selon l’historien et auteur sonégien Gérard Bavay, le Bois de la Houssière (plus de 650 hectares en partie sur le territoire écaussinnois) demeure l’un des témoignages de la forêt carbonifère. Il y a bien longtemps que des promeneurs habitués des lieux ont découvert des silex taillés ou polis, des indices clairs que l’homme préhistorique a habité ces terres.

En 1857, le Dr. Croquet indique d’ailleurs l’existence de quatre sites préhistoriques à Henripont et Braine-le-Comte. En 1894, il publie une étude fouillée sur ces sites. Près de deux mille éclats et outils en silex ont été collectés. Voici ce qu’il écrivait entre autres : « Dans le périmètre de ces endroits privilégiés le sol est jonché de silex ou d’instruments en pierre taillée ou polie. L’abondance des pièces découvertes semble indiquer une occupation de longue durée et marquer le point précis où existaient des ateliers de fabrication, de taille et de polissage. Les remaniements successifs du sol nécessités par l’exploitation des sablonnières, les plantations de bois et la culture, amènent au jour nombre d’objets enfouis depuis des siècles. »

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Au-delà des nuages soyeux, une partie du Bois de la Houssière

Au cœur de la forêt, le lieu-dit la ‘Table de Pierre » (ou « Table des Marchands ») est renseigné sur une carte du bois qui datait du XVIIIe siècle (mystérieux assemblage de pierres). La période mésolithique (entre 10.000 et 5.000 ans avant Jésus-Christ) a laissé des traces dans le bois. À cette époque, le climat tempéré est proche du nôtre et on s’adonne à la chasse, la cueillette et la pêche. C’est à cette période aussi que l’homme commence à utiliser des petits outils dits microlithes. On y trouve des silex d’excellente facture dans le Sud du Bois, relève Gérard Bavay dans « Entre Senne et Soignes » n°12 (1972). Et on y a aussi découvert une hache à talon datant de l’âge du bronze (entre 3.000 et 1.000 avant Jésus-Christ).

Mais ne nous méprenons pas. Qu’il y ait des traces d’activité humaine à Ecaussinnes et dans la région n’est pas surprenant : après tout, la source de la vie a jailli à Ecaussinnes. Adam et Eve n’étaient-ils pas Ecaussinnois ? Julos Beaucarne le chante haut et fort dans « L’hymne écaussinnois » :

                               « Adam et Eve, qui étaient écaussinnois

                               ont créé, oui ça fait longtemps déjà

                               le premier Goûter matrimonial » (…)

Reste à mener des fouilles archéologiques pour exhumer leurs restes… La prospection immobilière galopante ne facilitera guère la tâche, n’est-ce pas ?

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Douceur du printemps : « Julos écrit pour vous »

JpegJe m’étais assise au creux des hautes herbes jaunies, dans le fond du jardin. Un rayon de soleil caressant semblait avoir mis le halte-là à l’hiver. Mais ça, c’était avant. Parce qu’il y a désormais un avant et un après. L’histoire s’écrit souvent en lettres de sang mais l’insouciance et la douceur m’avaient envahie, cet après-midi là, lorsque j’ai ouvert le livre de Julos Beaucarne. Sans doute parce qu’il a été écrit en pleine période flower power… Et qu’aujourd’hui encore, à la lecture de cette brassée de pages, des nuages de coccinelles, des arômes de blé, de humus et de tartes fumantes s’évaporent.

Je me sentais bien. Les oiseaux papotaient, le ciel était limpide et la terre sentait franchement bon. J’avais trouvé, dans une bouquinerie bruxelloise, « Julos écrit pour vous » et le temps était idéal pour le lire, adossée sur la souche rongée par des champignons fossilisés. En plus, il s’agissait de la première édition, celle de 1975, dans un état plus qu’honorable, conclue à un prix très décent.

Julos 1 (Copier)J’ai savouré le temps qui passait, le friselis des pages que je tournais, le parfum champêtre, chaleureux, vaporeux mais surtout rond et généreux de la poésie de Julos. Préfacé par un dessin du peintre Henry Lejeune qui avait dessiné un Max Elskamp filandreux, le livre se respire comme un bouquet de fleurs des champs. Chaque mot est un pétale qui s’enfile sur un collier odorant. Julos ignore où il va et nous le suivons, l’air béat et la bouche gourmande de mots. Bourrée d’humour et de petits bonheurs, la poésie de Julos Beaucarne laisse la part belle à un bon sens implacable et souvent à un non-sens tout aussi implacable. Et même s’il habite déjà à Tourinnes la Grosse, il lance quelques oeillades à Ecaussinnes.

« on espère que la Joconde sera

exposée dans la maison communale

d’Ecaussinnes d’Enghien »

ou

« en lisant l’almanach du petit

Ecaussinnois je mangeais du

pain d’épices sans pudeur

dans un parc très très très

triste »  

À lire ou à relire avec gourmandise.

La musique de Julos Beaucarne sur un poème de Max ElskampO Claire, Suzanne, Adolphine

Un somptueux carnaval en 1909

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Le carnaval d’Ecaussinnes relancé par des forains, en 1987

L’actuel carnaval d’Ecaussinnes est neuf, si l’on considère les autres folklores de la région où la tradition carnavalesque est solidement ancrée depuis de nombreuses générations. Le carnaval écaussinnois a, en fait, refait surface grâce à des forains soucieux de donner un coup de fouet à leur commerce. L’histoire s’est sans doute répétée.

En 1909, en effet, un carnaval a marqué les annales du village. L’initiative provenait de commerçants désireux de relancer les affaires locales. Un comité fut donc constitué et l’assemblée décida d’effectuer, le long du parcours du cortège, une collecte au profit des pauvres de la commune.

Au total, 600 participants étaient répartis en 25 sociétés carnavalesques, dont 17 provenaient d’Ecaussinnes. On croit rêver.

Pour une première, ce fut une réussite. La formation du cortège eut lieu au Quartier Central. Il se dirigea vers la Grand Place où une animation monstre régnait déjà.

Le centre du village jadis autour du « Moulin Brûlé »

Le centre d’Ecaussinnes ne se situait pas jadis, autour de la Grand Place. Tout laisse à supposer qu’il se trouvait plutôt, non loin de l’Eglise Saint Rémy, en bas de la rue à pente raide (la rue du Pont), sur la petite place qui était entourée par l’Hôtel de la couronne, la Halle, la brasserie banale et le moulin banal, dit « moulin brûlé ».

Ce quartier doit avoir connu une activité intense. Sous le régime féodal, on sait que toute la vie du domaine dépendait de la présence d’un moulin, d’un four et d’une brasserie. Au XIIe siècle, les seigneurs obligeaient leurs serfs à utiliser le moulin. Celui-ci constituera également une source de conflits à Ecaussinnes, d’autant qu’il était établi à la limite de deux seigneuries, pour puiser son eau dans la Sennette.

Un document datant du XIVe siècle indique que le moulin banal existait déjà à cette époque. On y lit que le moulin en question « fut bruslé aux environs de la défaiste des Templiers ». Il sera à nouveau la proie des flammes en 1579, lors d’émeutes. C’est le comte de Jehan Pietkin, receveur du seigneur de Renesse (seigneur de la Follie) qui nous l’apprend.

Selon un texte conservé au château de la Follie et datant du 1er mars 1369, le moulin aurait d’abord appartenu au seigneur d’Henripont. Ce qui est fort probable puisqu’à l’époque, un moulin pouvait desservir plusieurs seigneuries. Pourtant dès 1369, le moulin passait entre les mains du seigneur de la Follie. Le moulin brûlé restera la propriété de la Follie jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.

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Le moulin sur une carte postale ancienne
En ruine en 1592 à la suite de troubles, il sera entièrement reconstruit en 1614.

Dans son ouvrage intitulé « Histoire de nos moulins et histoire d’eaux » (C.I.H.L. 1988) duquel ces renseignements sont extraits, l’Abbé Léon Jous précise, en outre, que l’alimentation était assurée par une dérivation artificielle de la Sennette. On la dénommait « fausse eau ».

Vue actuelle

Les ablettes d’avril ne font pas le printemps

Parc caninDisons que l’histoire se termine en queue d’ablette. Gageons que vous n’avez sûrement pas mordu à l’hameçon et que vous avez bien entendu tous compris que la publication d’hier sur la création d’un parc de l’Amour à Écaussinnes était un poisson d’avril. Du style bien charnu.

Colin Brochet n’existe pas, pas plus que le CARPE ni l’énigmatique investisseur flamand. Quant à la destination de l’ancien site Mika Shoe, elle a été évoquée dans le dernier bulletin communal. Rien de tout cela n’est vrai mais j’espère que ce moment de délire vous a fait sourire. Je pense que c’était dans l’esprit canaille de Marcel Tricot.

Fake news, comme dirait l’autre. Sauf sans doute pour la pêche dans les eaux de la Sennette et le cresson de fontaine qu’on récoltait sur les berges de la rivière, mais les demoiselles d’Écaussinnes ne sont pas une spécialité culinaire du village. Je tiens cependant de source sûre, à savoir de la part d’un pêcheur impénitent devant l’Éternel – mon père -, qu’on a taquiné le goujon et même la truite dans les années 50. Les vers de vase y étaient aussi récoltés. Il pêchait essentiellement aux abords du vieux moulin et à la Bassée.

J’aurais sincèrement aimé l’idée d’un musée du goûter matrimonial accumulant d’authentiques curiosités d’époque. En attendant, il existe un musée de la vie locale, tout près de l’église Sainte-Aldegonde (rue Jacquemart Boulle). On peut y voir des documents relatifs au goûter matrimonial comme des photos et des affiches mais aussi des reliquaires, des statues, de l’outillage pour le travail de la pierre, des souvenirs de guerre, des objets provenant de fouilles archéologiques, etc. Il a été créé sur l’initiative du Cercle d’Information et d’Histoire Locale∗. Et ce n’est déjà pas si mal, n’est-ce pas ?


∗Le CIHL édite, depuis 1973, « Le Val Vert », un bulletin trimestriel qui narre l’histoire des Écaussinnes sous toutes ses facettes. Pour tous renseignements, veuillez vous adresser à Joël Masuy (président, bibliothécaire) au 067/44.26.08 ou à l’Abbé Léon Jous (secrétaire, conservateur du Musée de la Vie locale) au 067/44.23.29.