La Sennette ou la mémoire de l’eau

zDSC01931 (Copier)Des flots de souvenirs reposent dans le lit de la Sennette, petite rivière sinueuse qui arrose Ecaussinnes. Coulant paisiblement au fil des siècles, la Sennette a toujours constitué une frontière naturelle. Le ruisseau délimitait déjà le territoire des Nerviens et celui des Eburons. Après la conquête romaine, les Francs envahissent notre pays et certains s’installeront non loin de la Sennette. La belle gargouillante offrira, au IXe siècle, un passage facile aux Normands qui, venant de Louvain, fonçaient vers Mons et Cambray. La course folle des intrus sera néanmoins entravée par la construction de la forteresse d’Ecaussinnes sur un éperon rocheux dominant un gué de la Sennette. Mais là, c’est une autre histoire… Pour la connaître, il faut évidemment se mettre à l’écoute des clapotis de la Sennette.

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« Est-ce cor Senne ? »

zIMG_0209 (Copier)La tradition veut qu’Ecaussinnes soit issu d’un radical romain signifiant « endroit où l’on produit la chaux ». Les habitants se seraient, de fait, livrés à cette fabrication, par le passé. Selon les latinistes du Moyen Age, l’origine du nom « Ecaussinnes » proviendrait du bas-latin « calcinae » ou « calciniae » romanisé en « calcines ». Ce qui veut dire: « fours à chaux« . Il est vraisemblable que des moellons de calcaire extraits à flanc de coteau aient été calcinés sur les rives de la Sennette. Ecaussinnes-Lalaing est, en réalité, une division de la localité primitive, Ecaussinnes à laquelle on fait déjà allusion au VIIIe siècle. Cette agglomération se trouvait au confluent de la Sennette et de deux ruisselets, le Waugenée et les Robinettes. C’est au XIIe siècle que les Ecaussinnes sont séparées en Ecaussinnes Saint-Rémy et Ecaussinnes Sainte-Aldegonde. Deux siècles plus tard, la seconde devient Ecaussinnes-Lalaing, ainsi nommée d’après les Châtelains du village. Au XIXe siècle, les Ecaussinnois accordaient cependant à Ecaussinnes, une signification bien peu logique mais oh combien savoureuse. On dit que des mariniers remontant le cours de la Senne parvinrent au confluent de celle-ci avec la Sennette. Arrivés dans une agglomération, ils s’informèrent auprès des autochtones: « Est-ce cor Senne ? » « Ecaussinnes » aurait donc été une déformation de cette patronymie, selon l’Abbé Jous.

Au temps des fées et des nutons

zIMG_0721a (Copier)Autrefois, nos grand-mères racontaient, le soir au coin du feu, les récits fabuleux de notre terroir. Il existe à Ecaussinnes d’Enghien un endroit baptisé « Trou des Fées ». Il s’agissait d’un massif de pierres. En 1884, ce bloc de dolomie a été dynamité par des ouvriers du chemin de fer pour les besoins de la ligne Ecaussinnes-Clabecq.

On ne tue toutefois pas la poésie d’un lieu. La preuve ? On dit qu’aux temps anciens, des grottes se trouvaient précisément à cet endroit et qu’elles étaient habitées par d’étranges nutons, des espèces de nains au teint sombre et au regard vif, qui ne sortaient qu’à la nuit tombée.

Ces curieux personnages savaient mettre la main à tout. Ils étaient de bons cordonniers, d’excellents forgerons, d’habiles tisserands et d’efficaces remouleurs. Qui plus est, ces nutons avaient le coeur sur la main et dispensaient volontiers leurs services aux villageois qui leur confiaient tout travail inachevé devant être fini le lendemain.

Les épouses des nains apportaient, elles aussi, leur contribution en exerçant la profession de lavandière, la nuit venue. On voyait souvent, au crépuscule, de jeunes servantes de ferme portant une hotte pleine du linge sale de ses maîtres, presser le pas vers la grotte aux fées pour y déposer leur labeur.

En matière de rémunération, les nutons n’étaient guère exigeants. Une tartine beurrée, un pot de lait ou quelques produits de la ferme leur suffisaient.

Vint un temps plus ingrat où les humains, non contents d’abuser de ces petits êtres, commencèrent à les dénigrer en glissant des choses immondes entre deux tranches de pain. On raconte que c’est à la suite de ce manque de reconnaissance et de respect que les nutons et les fées disparurent de nos contrées.


Par bonheur, j’ai trouvé cette coupure de presse extraite du journal « La Belgique » (un journal publié sous l’occupation et la censure allemandes) datant du dimanche 5 décembre 1915, qui évoque le Trou aux Fées. On y parle de M. Arthur Peuplier (sic), échevin et ancien surveillant provincial qui va superviser des travaux de voirie réalisés pour… « occuper les chômeurs ». Cette nouvelle route longera, dit-on, le Trou aux Fées aux confins de Henripont.

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Scoufflény, une statue dans un nid d’éperviers

zIMG_7061 (Copier)La543_001_ecaussinnes-chapelle-de-scouffleny-statue-de-notre-dame-de-liesse légende est sans doute quelque peu tirée par les cheveux mais elle est jolie, l’histoire qui raconte l’origine du hameau de Scoufflény. On dit qu’un homme occupé à ébrancher un arbre, aurait découvert une statue de Notre-Dame de Liesse dans un nid d’éperviers. Quand on sait qu’éperviers se dit escouffles en wallon, on comprend mieux comment est né le hameau de Scouffles-nid.

La lumière au bout du tunnel des amoureux…

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Imprimé sur du papier photo périmé en 1983

Mystérieux et imprégné d’un romantisme désuet mais tenace, le Tunnel des Amoureux enserre l’écrin émeraude du Château de la Follie. Ses pierres semblent avoir miraculeusement préservé les doux secrets des amants d’autrefois. J’ignore si les couples viennent encore y échanger de goulus baisers. Ma main caresse la pierre froide et humide du Tunnel des Amoureux, et capte les effluves d’une autre vie. L’impression est fugitive et si éthérée qu’elle s’envole aux moindres bruissements du feuillage.

Le Tunnel des Amoureux qui longe le Château de la Follie, doit son appellation au facétieux inventeur du Goûter Matrimonial d’Écaussinnes-Lalaing, Marcel Tricot. Le sentier pittoresque à souhait a vu des milliers de tendres baisers s’échanger. Sa construction est toutefois relativement récente puisqu’on sait qu’il n’existait pas en 1841. C’est au début du XXe siècle, que le Comte de Lichtervelde, vraisemblablement las de voir des intrus fouler ses terres, a fait ériger un mur autour de son domaine.

angel-1273986_640Il n’a pas fallu attendre longtemps avant que Marcel Tricot baptise le lieu et lui confère ses lettres galantes. J’ai passé une bonne partie de mon enfance à courir dans ce tunnel sombre et humide, de crainte qu’il ne m’engouffre à jamais entre pierres luisantes et sol boueux. Et puis, il y avait toujours la lumière éclatante, blanche, aveuglante au bout du tunnel.

On dit que Cupidon hante les coins sombres du passage et bien, je le crois. Le premier baiser se produit toujours dans un lieu magique.